Les 100 premiers jours du Député Yves HEMEDINGER !


12 janvier 2021

Yves HEMEDINGER est le dernier député Alsacien à avoir rejoint l’Assemblée Nationale, au terme d’une législative partielle le 27 septembre dernier sur la 1ère circonscription du Haut-Rhin. Aujourd’hui, 100 jours après son élection, il dresse un bilan très critique de la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement, aussi bien sur les mesures trop centralisées à son goût, prises exclusivement à Paris, que sur l’impact du couvre-feu avancé à 18h au lieu de 20h. Des propos recueillis par Franck JEHL. 

Yves Hemedinger, cela fait 100 jours que vous êtes député. C'est l'occasion de faire un point sur votre travail de député. Vous avez débuté votre mandat dans un contexte assez compliqué entre confinement, commerces non essentiels fermés et gestion de la pandémie de la Covid-19. Vous avez d'ailleurs à plusieurs reprises été très critique sur la gestion de la crise par le Gouvernement.

Malheureusement nous traversons une période difficile, ce qui rend le travail parlementaire compliqué mais néanmoins passionnant et important. Un député est là à la fois pour s'exprimer, ce que je ne manque pas de faire, pour essayer de soutenir certaines améliorations quand cela est faisable pour être un facilitateur. On le voit bien, la situation est difficile dans le monde entier. Il ne s'agit donc pas d'accabler particulièrement les gouvernements qui ont tous du mal à gérer cette situation incroyable. Néanmoins dans mon expression par rapport aux différentes mesures prises par le gouvernement ces dernières semaines, il y'en a une qui revient régulièrement et qui montre qu'aujourd'hui le fait de gérer de manière centralisée quand on essaye d'uniformiser le plus possible sur le territoire les décisions prises à Paris, cela ne marche plus ! Nous le voyons à tous les niveaux, nous l'avons vu quand les dispositions du confinement ont été prises. Il y'a des endroits où il fallait les prendre et des autres où il n'était pas indispensable de les mettre en place. Cela a été très uniforme, trop uniforme. Nous l'avons vu pour les masques, ce n'est pas forcément le Gouvernement actuel qui en est le responsable mais c'est cette gestion centralisée qui ne fonctionne plus.

Est-ce que vous pensez que vous avez été entendu sur la question du retard sur les vaccins puisque le Gouvernement a annoncé que les vaccins vont être fléchés avec une livraison prioritaire, notamment vers la Région Grand Est ?

Oui, mais il aura fallu attendre plusieurs semaines. Je me suis rendu la semaine dernière à Freiburg dans un centre de vaccination où les allemands sont en capacité de vacciner plusieurs centaines de personnes par jour parce que ce sont les communes qui ont été à l'initiative et non l'Etat. Seulement, les allemands sont préparés à cela depuis 6 semaines. Nous, nous faisons cela au dernier moment et dans la précipitation. Et quand le Gouvernement parle d'accélérer, il accélère tard et accélérer avec un boulet qui est celui de la bureaucratie, il y'a des risques de patiner. Quand je dis tard, que nous soyons favorables ou pas au vaccin, il représente à ce jour une arme et quand le président dit que nous sommes en guerre, nous devons utiliser les armes mais de manière efficace et ce n'est pas le cas aujourd'hui. 

Alors sur la question de la Covid-19, récemment encore, vous avez été dur sur le confinement avancé à 18h.

Honnêtement, je ne comprends pas. 18h ou 20h, j'ai peur que cela soit une fois de plus une demi-mesure car je ne vois pas l'intérêt sur le plan sanitaire. En revanche, cela va avoir des conséquences énormes sur l'activité économique, les commerces, les restaurateurs. Ces deux heure-là ne vont rien changer. J'ai envie de dire soit la situation est gravissime et il faut aller jusqu'au bout de cette situation là en allant plus loin, soit elle n'est pas aussi grave que ça et il faut laisser les gens travailler en respectant néanmoins les mesures. Cette mesure de 20 à 18h pour moi ne se justifie absolument pas.

On va quitter un petit peu cette question Covid-19 pour parler du poste de député. Un député c'est aussi quelqu'un qui agit à Paris, il est membre commission. En ce qui vous concerne, vous êtes membre de la commission des affaires économiques. Cela se traduit en quoi ?

Le rôle du député est multiple. Il est évidemment de voter les lois, ce qui suppose soit quand les lois sont proposées par le Gouvernement que le député travaille avec sa commission ou avec des interlocuteurs qu'il aura choisis pour modifier les lois qui sont déposées par le Gouvernement. Un député peut faire des propositions de loi auxquelles il est attaché et essayer de la faire passer au Parlement. Tout le travail se fait en amont, dans les commissions. Tous les mercredis matin, j'examine avec ma commission des projets qui ont un lien avec l'activité économique du pays et on auditionne souvent des patrons, des syndicalistes ou des acteurs économiques. 

Et comment est-ce que l'on partage son temps entre Paris, les lois et sa propre circonscription avec ses dossiers locaux ?

Généralement je passe 3 jours à Paris pour siéger aux commissions et aux votes. Je rentre en général le jeudi matin pour rentrer dans ma circonscription, c'est l'occasion pour moi de tenir des permanences du côté de Colmar ou de Neuf-Brisach et j'essaie d'être le plus présent sur les marchés car j'ai besoin d'être en contact avec la population de ma circonscription. Trop souvent dans ce pays, on fait descendre les choses du haut vers le bas. J'ai besoin de me connecter aux réalités du terrain et à mes concitoyens pour faire remonter leurs soucis et leurs propositions.

Peut-on prendre comme exemple un dossier local que vous êtes en train de traiter sur Colmar ?

Oui, il y'en a un qui est d'actualité et qui existe depuis déjà quelques années. Nous savons qu'ne Alsace, nous disposons d'une des plus importantes nappes phréatiques d'Europe et que l'accès à l'eau potable est un des enjeux majeurs du monde actuel et futur. A la sortie de Colmar en direction de Wintzenheim, il y'avait la décharge du Ligibell, une décharge à ciel ouvert qui continue à produire des effets néfastes pour la nappe phréatique. C'est un terrain qui appartient à l'Etat et il y'a un vrai risque de pollution. Il faut mettre en œuvre rapidement des moyens pour dépolluer le site. Je m'en suis entretenu avec la Ministre de la Transition Ecologique, Barbara Pompili et elle a été assez sensible là-dessus.

Je pense que ce sont des dossiers sur lesquels il faut travailler conjointement avec la municipalité ?

J'ai travaillé pendant de nombreuses années avec l'association qui défend la dépollution du site et évidemment j'échange avec le maire de Colmar à ce sujet et nous sommes en total accord sur le sujet. C'est une bonne chose que nous ramons dans le même sens car c'est comme cela qu'on avance.

Nous allons maintenant quitter la fonction de député pour parler d'une autre fonction que vous occupez, celui de conseiller d'Alsace. Je voudrais avoir votre sentiment sur la création de la Collectivité Européenne d'Alsace.

Elle est toute neuve, c'est une bonne chose et je m'en félicite car cela répond dans en premier temps au désir d'Alsace où tous les alsaciens sont concernés. On regrette la dissolution de l'ancienne région d'Alsace dans la Région Grand Est qui n'a aucune efficacité et aucune cohérence ni géographique, ni historique. La population alsacienne exprime ce rejet depuis quelques mois car elle est attachée à ses valeurs culturelles et historiques qui disparaissent. La CEA est là pour répondre à ce désir alsacien.

Bientôt auront lieu des élections départementales. Serez-vous candidat à cette élection et donc au renouvellement de votre mandat ?

Ces élections auraient dû avoir lieu au mois de mars mais elles ont été reportées en juin. C'est un mandat que j'apprécie beaucoup car je pense que les parlementaires doivent avoir une connexion directe avec leur territoire et ce mandat me permet cette connexion. Je n'ai pas encore pris ma décision, je vais attendre la fin de mon mandat de parlementaire puis je déciderais.