Une programmation riche et intense. La saison 26-27 de la Comédie de Colmar a été présentée à la presse ce mercredi 17 juin. Un rendez-vous au goût particulier pour Emilie Capliez et Matthieu Cruciani, qui ont dévoilé les grandes lignes de leur dernière saison après huit années passées à la direction de l'établissement.
Entretien avec Emilie Capliez et Matthieu Cruciani, à la direction de la Comédie de Colmar :
Emilie Capliez et Matthieu Cruciani, vous allez prochainement prendre la direction du Théâtre de la Cité à Toulouse. Avant de débuter cette nouvelle aventure, vous venez de présenter les spectacles à venir à la Comédie de Colmar. Une saison de transition, que vous avez qualifiée de riche et intense. Comment s'est déroulée la programmation ?
Emilie Capliez : Pour cette dernière programmation, on a évidemment eu envie d'inviter des gens qui étaient proches de notre univers et qui ont déjà pu présenter leur travail au cours de ces sept dernières années, mais aussi de présenter des gens qui n'avaient jamais pu le faire. C'est un peu un mélange entre ces fidélités et ces nouveautés qu'on est très heureux de pouvoir faire découvrir au public. Et puis toujours, cette vigilance à une forme d'hétérogénéité des propositions, en direction des publics, des thématiques, qui sont toutes diverses et variées.
Matthieu Cruciani : Avoir une programmation également qui fasse toujours chambre d'écho à ce qui se passe dans le monde, en laissant de la place à des classiques, mais aussi une programmation à destination des jeunesses.
Littérature et musique vont se lier à l'occasion de l'ouverture de la saison. C'est avec le spectacle « La Boutique des rêves », les 1er et 2 octobre.
MC : C'est un joli partenariat qu'on noue avec le festival strasbourgeois Musica, qui propose des formes très singulières, très pétillantes, avec des explorations de musique contemporaine. Sur « La Boutique des rêves », ces dernières seront liées à la littérature de Ingeborg Bachmann, une formidable poétesse et romancière autrichienne.
Mathieu Cruciani, après votre départ à Toulouse, on va tout de même vous retrouver très prochainement. C'est à l'occasion de votre création « Minetti », proposée du 8 au 16 octobre.
MC : C’est un grand plaisir de pouvoir terminer en fanfare ce mandat de huit ans ici, avec une magnifique pièce de Thomas Bernhard. Elle se situe dans un grand hôtel à Ostende, une nuit de la Saint-Sylvestre. Dans ce grand hôtel arrive un personnage très mystérieux qui dit s'appeler Minetti, avoir été un immense acteur, oublié de tous depuis 30 ans. C'est un magnifique poème dramatique, plein d'humour, de tendresse, de patte humaine, interprété par l'immense acteur flamand Josse De Pauw.
Tout au long de la saison, il sera également possible de retrouver des artistes associés à la Comédie de Colmar.
EC : Il y a des fidélités, des artistes complices qu'on sera heureux d'accompagner et d'accueillir. Il y a notamment la compagnie Ersatz, qui travaille sur le dialogue entre les technologies nouvelles et le théâtre. On accueillera leur création qui s'appelle « Poisson Blanc ». Il y aura aussi Youssouf Abi-Ayad, qu'on accueillera à travers son spectacle « Les Neuf Vies ». Un spectacle de drag et de théâtre qui va être assez fou. Il y aura aussi Maurin Ollès, qui est un artiste qui a déjà présenté plusieurs spectacles, qui fera ici la création itinérante Par les villages. Il présentera également sa dernière création qui s'appelle « Hautes Perchées ».
Une place particulière sera également attribuée aux jeunes talents, avec le focus Jeune Troupe, proposé du 11 au 19 mars.
MC : On aura « Ce soir j’ai de la fièvre et toi tu meurs de froid » de Julien Lewkowicz, « Pour Britney » de Sarah Calcine, mais également une création qui aura lieu de A à Z à la Comédie de Colmar. C’est avec Thierry Simon, qui a écrit sur mesure une fable autour d'un Bonnie and Clyde contemporain, sur un duo d’éco-activistes en Italie. C'est un focus sur la jeunesse, sur les gens qui ont été en proximité avec le territoire colmarien, avec ses publics. On avait envie de mettre un coup de projecteur sur ces jeunes créations.
La jeunesse sera aussi à l'honneur avec des propositions à destination du jeune public.
EC : Cela fait partie des choses qu'on a défendues et qu'on a déployées tout au long de ces saisons, à l'attention de toutes les jeunesses. Il y aura des propositions à la fois pour les tout-petits à partir de 3 ans, mais aussi pour les enfants et les adolescents. Ce sera à travers différents types de créations. Il y aura des spectacles très visuels, des spectacles sensoriels, des spectacles de clowns, ou encore des spectacles où il y aura des histoires assez folles qui vont être racontées.
Dans toute cette programmation, si vous deviez choisir un coup de cœur, lequel serait-il ?
MC : Un coup de cœur, c'est terrible. Ça voudrait dire qu'il y en aurait 22 qui ne le seraient pas…
EC : Je dois parler de « La guerre n'a pas un visage de femme », qui retrace le parcours de ces oubliées, ces femmes qui se sont engagées dans la Seconde Guerre Mondiale. Ce spectacle est un hommage aux femmes, à leur engagement, à une partie de l'Histoire qui a été effacée, voire invisibilisée. C'est une performance d'actrice et de théâtre absolument pure.
MC : Je vais quand même choisir nos artistes associés, Ersatz avec « Poisson Blanc ». On est très heureux de les avoir rencontrés. Surtout pour une chose très simple ; on est aujourd'hui dans une époque très normée et il est de plus en plus rare de rencontrer des personnes ou des artistes où on se dit : tiens, je n'avais jamais vu ça avant. Je trouve que Ersatz porte une esthétique, une poétique, qui n'appartient qu'à eux. Pour le plaisir de voir une chose unique, je conseille « Poisson Blanc ».
Cette saison sera également présentée au public ce vendredi 19 juin, à partir de 20h à la Comédie de Colmar. Une soirée gratuite, mais sur réservation. A l'issue, les abonnements seront commercialisés. La billetterie individuelle ouvrira quant à elle le 1er septembre. Plus d’informations sur le site internet comedie-colmar.com.
Propos recueillis par Solène Martin / © Crédit photo : Solène Martin