Du 1er au 7 juin se déroule la semaine mondiale des troubles du comportement alimentaire (TCA), une initiative destinée à sensibiliser le public à des pathologies encore largement méconnies et entourées de tabous. A cette occasion, Catherine Fetz, diététicienne thérapeute installée à Colmar, a partagé son expérience et son regard sur ces troubles.
Depuis plus de 30 ans, Catherine Fetz accompagne des patients souffrant notamment de boulimie, d'hyperphagie ou d'anorexie. « Beaucoup de personnes souffrent sans même mettre de mots sur ce qu’elles vivent », explique-t-elle. « Elles ont honte, se cachent et pensent souvent qu’il ne faut surtout pas en parler. » Mais, derrière ces comportements, le véritable problème n’est pas l’alimentation elle-même. « Les troubles alimentaires sont souvent liés à des difficultés émotionnelles, à l’image de soi, à la pression que l’on se met ou encore à la difficulté de gérer les relations avec les autres », souligne la diététicienne.
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Pourquoi les TCA restent-ils encore si difficiles à évoquer publiquement ? Pour Catherine Fetz, cela s’explique notamment par le rapport au corps et aux injonctions sociales autour de l’alimentation. « En France, il y a énormément de pression sur la manière dont il faudrait manger ou sur le poids qu’il faudrait avoir. Les personnes qui souffrent de troubles alimentaires donnent souvent l’impression que tout va bien. Elles sont dans la performance, dans le perfectionnisme. Montrer sa fragilité n’est pas valorisé socialement », explique cette dernière.
Parmi les signes les plus fréquents, la thérapeute évoque des pensées permanentes autour de la nourriture : calories, poids, contrôle alimentaire ou peur de craquer. « Cela tourne en boucle du matin au soir. Toute l’énergie mentale est absorbée par l’alimentation », décrit Catherine Fetz. À cela s’ajoutent souvent des comportements alternant restriction et compulsions alimentaires, mais aussi une forte culpabilité. Elle insiste également sur la dimension émotionnelle des TCA : stress, vide intérieur, frustration ou difficulté à exprimer ses besoins peuvent conduire à des comportements alimentaires compulsifs. « On mange parfois pour calmer un trop-plein émotionnel, pour apaiser une pression permanente ou simplement pour tenir », détaille la thérapeute.
Une expérience personnelle devenue engagement professionnel
L’accompagnement proposé aujourd’hui par Catherine Fetz est aussi nourri par son propre parcours. Elle révèle avoir souffert de boulimie pendant de nombreuses années avant de trouver des solutions adaptées. « À l’époque, on parlait très peu des troubles alimentaires. Comme beaucoup, j’ai d’abord cherché des réponses uniquement dans la nutrition », raconte-t-elle. Cette expérience personnelle l’a poussée à devenir diététicienne, puis à développer une approche thérapeutique plus globale mêlant travail émotionnel, outils de thérapie et développement personnel. Elle a également publié un livre, La faim au cœur, les tribulations d’une boulimique qui s’en est sortie, dans lequel elle revient sur son parcours et les mécanismes qui l’ont conduite à la guérison.
À l’occasion de cette semaine mondiale des troubles du comportement alimentaire, Catherine Fetz souhaite avant tout transmettre un message d’espoir. Elle invite également les proches à éviter les jugements ou le contrôle excessif autour de la nourriture. « Les personnes concernées culpabilisent déjà énormément. Le plus important est d’écouter, de soutenir et d’encourager un accompagnement adapté lorsque la personne est prête », conclut cette dernière.
Propos recueillis par Anaïs Follenius / © Crédit photo : Anaïs Follenius