TABLE RONDE ''EMPLOI ET INSERTION'' SUR LE TERRITOIRE DE COLMAR - DIMANCHE 9 MAI 2021


09 mai 2021

Invités : Elise KURY (conseillère en insertion professionnelle pour Manne Emploi), Christel LAFITTE-MAYER (directrice de la Mission Locale) et Larbi FEKIER (directeur de l'Association de Prévention Spécialisée de Colmar - APS). Animation : Pablo DESMARES (Azur FM).

Quelles difficultés rencontrent les associations dans la mise en oeuvre de leurs actions ? Les facilités ? Les bonnes pratiques ? Et la dernière partie de l'émission sera consacrée à un moment ''carte blanche'' pour se projeter dans le futur. Commençons par une présentation des structures 

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Elise KURY, conseillère en insertion professionnelle à la Manne Emploi - © Crédit photo : AZUR FM

AZUR FM - C'est quoi la Manne emploi ?

Elise KURY (conseillère en insertion professionnelle à la Manne Emploi) - C'est une association intermédiaire qui existe depuis plus de 30 ans sur Colmar. Nous sommes est un ensemblier de 4 structures d'insertion par l'activité économique. Nous regroupons une association intermédiaire, une entreprise de travail temporaire d'insertion, un chantier d'insertion et une entreprise d'insertion. L'idée de nos structures, c'est d'accueillir et de proposer des emplois et un parcours d'insertion aux salariés qui tapent à notre porte. Nous proposons à notre public des missions de travail dans le service à la personne, l'entretien des locaux, l'industrie, la manutention et également des actions de formations ou des ateliers afin de les remobiliser vers l'emploi.

AZUR FM - Ces ateliers, c'est quoi ? Ça va être de l'aide juridique ? Administrative ? De la formation numérique ?

Elise KURY (conseillère en insertion professionnelle à la Manne Emploi) - Nous avons trois conseillères en insertion qui accompagnent les salariés et qui vont leur proposer un parcours adapté à leur situation. Ce parcours passe Pôle Emploi mais aussi par des ateliers que nous pouvons proposer en interne, pour favoriser leur mobilité, pour les aider dans tout ce qui est numérique. Nous avons développé un atelier numérique adapté aux besoins de nos salariés qui sont en rupture avec tout ce qui est informatique.

AZUR FM - Quels sont vos publics visés ?

Elise KURY (conseillère en insertion professionnelle à la Manne Emploi) - Le public est très hétérogène. C'est vraiment le public dit ''prioritaire à l'emploi''. Ça peut être des personnes primo-arrivantes, des personnes issues des Quartiers Politique de la Ville (QPV), des bénéficiaires des minimas sociaux, des personnes qui ont des reconnaissances de travailleurs handicapés, des jeunes, des seniors, les femmes isolées ou des familles monoparentales. Nous sommes également présents en milieu rural à Kaysersberg, Ribeauvillé, Munster et sur le secteur de Neuf-Brisach.

Christel LAFITTE MAYER MISSION LOCLAE.JPG (1.54 MB)Christel LAFITTE-MAYER, directrice de la Mission Locale - © Crédit photo : AZUR FM

Christel LAFITTE-MAYER (directrice de la Mission Locale) - La Mission Locale Colmar Centre-Alsace fait partie du réseau des 440 missions locales en France et notre particularité est d'accompagner des jeunes de 16 à 25 ans, qui sont sortis du système scolaire, diplômés ou non diplômés, très diplômés ou pas du tout diplômés. Notre but est de les accompagner vers l'emploi, vers la formation. Notre premier travail est de valider un projet professionnel et de travailler l'orientation professionnelle avec ces jeunes, qui sont sortis du système scolaire sans avoir validés le projet professionnel, soit ils sont diplômés et ont exercé pendant quelques années un métier qui finalement ne leur conviennent plus et souhaitent se reconvertir professionnellement. Nous sommes présents sur la moitié du Haut-Rhin. Nous couvrons 8 Communautés de Communes dont Colmar Agglomération. Nous avons plus de 3 000 jeunes en contact, sur notre territoire.

AZUR FM - Les besoins et demandes sont les mêmes d'un territoire à l'autre ? Est-ce que ça va être les mêmes attentes pour Colmar que pour Guebwiller ? 

Christel LAFITTE-MAYER (directrice de la Mission Locale) - Les jeunes de Guebwiller ont une difficulté principale : la mobilité ! Il n'y a pas de réseau de transport en commun sur ce territoire. Pour pallier à ça, nous venons d'apprendre vendredi dernier, qui nous avons été lauréat d'un appel à projet qui va nous permettre d'acheter 2 simulateurs de conduite, pour aider les jeunes à préparer leur permis de conduire et à l'obtenir au plus vite.

AZUR FM - Ces jeunes là, est-ce que c'est vous qui allez vers eux ? C'est eux qui viennent vers vous ? Est-ce qu'on vous les redirigent ? 

Christel LAFITTE-MAYER (directrice de la Mission Locale) - La principale clé d'entrée, c'est le bouche-à-oreille ! Les jeunes viennent spontanément à la Mission locale, ça veut dire que nous sommes connus et reconnus. La deuxième clé d'entrée, c'est Pôle Emploi puisque Pôle Emploi nous adresse à peu près 600 jeunes sur l'ensemble du territoire pour qu'on puisse mettre en place un accompagnement professionnel pour les jeunes qui sont les plus éloignés de l'emploi. La troisième clé d'entrée, ce sont les partenaires tels que les CIO (Centres d'Information et d'orientation), l'APS (Association de Prévention Spécialisée de Colmar), la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ).

AZUR FM - L'accompagnement de ces jeunes est individuel ou collectif ? 

Christel LAFITTE-MAYER (directrice de la Mission Locale) - Le cœur de métier c'est l'accompagnement individuel mais nous avons développé, ces dernières années, des ateliers collectifs puisque c'est une modalité qui plaît aux jeunes. Ils nous l'ont beaucoup dit, suite au premier confinement (mars 2020) puisque du jour au lendemain nous avons dû mettre des ateliers collectifs en distanciel. Ça a bien fonctionné mais quand ils sont revenus à la Mission Locale, ils nous on dit que c'est vraiment une modalité qui leur avait manqué de faire ''groupe'' et de travailler ensemble sur une thématique, sur un atelier, que ce soit autour de la santé, autour de démarches administratives, autour de présentations face à des employeurs, de travailler les codes en entreprise. Nous avons depuis cette année, 2 personnes qui se sont spécialisées sur les ateliers collectifs et qui sont les 2 référents principaux de tous les ateliers.

AZUR FM - L'accompagnement de ces jeunes, ça se fait sur la courte durée ? Longue durée ? Combien de temps est-ce que vous les accompagné en moyenne ? Où est-ce que ça va en fonction de chaque personne ?

Christel LAFITTE-MAYER (directrice de la Mission Locale) - C'est variable en fonction de chaque personne. Les jeunes que nous accompagnons ont un niveau BAC et infra (cf avant le BAC) et n'ont pas d'expériences professionnelles. Nous sommes sur un accompagnement de 12 à 18 mois en moyenne. Certains parcours sont longs, d'autres sont courts. Certains jeunes sont en très grande difficulté. Ils vont par exemple intégrer le dispositif Garantie jeune. Ce sont des gens qui sont 12 mois en parcours garantie jeune et nous continuons l'accompagnement individuel et collectif.

AZUR FM - A la Manne Emploi, Elise KURY, combien de temps est-ce que vous suivez les publics ? Vous avez plusieurs dispositifs ? Les personnes peuvent aller d'un dispositif à l'autre. Vous avez des passerelles entre ces différents chantiers d'insertion

Elise KURY (conseillère en insertion professionnelle pour Manne Emploi) - C'est la force de notre ensemblier ! Une personne peut aller d'une structure à l'autre, suivant les difficultés qu'elle rencontre ou suivant l'avancée de son parcours. En règle générale pour le chantier, l'entreprise de travail temporaire d'insertion, et les entreprises d'insertion, c'est 2 ans. Au niveau de notre association intermédiaire, le parcours peut aller jusqu'à 5 ans. Parfois c'est pas assez nécessaire pour que les personnes puissent aller vers l'emploi classique. Quand ils cumulent plusieurs difficultés, quand c'est le français qui pêche, ils ont d'autres difficultés sociales, parfois 5 ans c'est pas trop long.

Larbi FEKIER APS.JPG (1.55 MB)Larbi FEKIER, directeur de l'Association de Prévention Spécialisée de Colmar (APS) - © Crédit photo : AZUR FM

Larbi FEKIER (directeur de l'Association de Prévention Spécialisée de Colmar - APS) - Notre association comprend 8 éducateurs. Nous intervenons avec un public qui a une adaptation sociale, qui ne dispose pas de tous les outils et tout le réseau pour pouvoir être autonome. Ce sont des personnes avec lesquelles on doit développer une relation éducative, constructible et durable. C'est des jeunes qui sont éloignés de l'emploi et de l'insertion. Aujourd'hui, nous constatons que la fracture numérique est importante. Si le jeune n'a pas d'ordinateur, pas de connexion à Internet, il est vite dépassé par les événements. C'est une forme d'exclusion, de ne pas pouvoir remplir le dossier dans les temps, de ne pas avoir accès à cet outil informatique. Notre public est âgé entre 10 et 21 ans. Nous travaillons avec les parents. Différentes problématiques peuvent se présenter à nous comme l'emploi qui représente 30 % (recherches de stages, de formations) mais aussi des problématiques de mal-être, d'accompagnement par rapport à des loisirs, d'accompagnement par rapport à une construction d'un projet de vie. La principale problématique que nous rencontrons est la déconnexion avec l'espace temps. Tout est dans l'immédiateté. C'est à nous de nous adapter à notre public et pas au public de s'adapter à notre fonctionnement. Nos principaux outils, c'est le ''aller vers'' donc beaucoup de travail de rue, en posant un diagnostic de territoire qui nous permet de cibler les demandes, des besoins qui fluctuent par rapport à certains quartiers. Nous mettons en place des actions collectives (exemple : séjours, visite d'autres villes, séjour à la montagne ou de la mer). Ce qui nous différencie réellement de l'animation, c'est que pour nous, cet outil d'animation est un support vers un travail socio-éducatif. L'animation n'est pas une fin en soi. Nous réalisons des chantiers socio-éducatif notamment avec la Mission Locale et la Manne Emploi. Nous repérons des personnes éloignés de l'emploi où nous réalisons avec eux, des chantiers pour  Pôle Habitat (travaux de peintures dans le hall d'entrée). Le groupe est constitué de 4 à 6 jeune et de 2 éducateurs. La Manne Emploi rédige les contrats (de travail) et le public peut être aussi orienté par la Mission locale. Ça nous permet de voir le public en temps réel avec lequel on peut travailler, l'avant, le pendant et surtout l'après. 

AZUR FM - Lors de la tenue de vos actions, quelles difficultés ou quelles facilités rencontrez-vous ? Avez-vous pu continuer d'accompagner vos publics malgré les confinements ?  

Larbi FEKIER (directeur de l'Association de Prévention Spécialisée de Colmar - APS) - Depuis le premier confinement, nous avons rencontré d'énormes problèmes. Lors le premier confinement, nous avons été dépassés par les événements. Nous avons été confinés et nous avons télétravaillé. Nous nous sommes rendus compte par rapport au deuxième confinement, que le télétravail avait ses limites notamment par rapport aux interactions avec les jeunes. Nous pouvions les perdre. Il y avait moins de contact et les réseaux sociaux ont leur limite. Durant le troisième confinement, nous avons préféré le présentiel mais nous ne pouvions pas être plus de 6 personnes limite lors de nos interventions. On ne peut pas créer du collectif. On fait de l'action individuelle, au cas par cas, qui est intéressante mais limitante si on veut arriver à toucher un plus grand nombre de personnes. Par rapport à nos locaux, nous ne pouvons pas recevoir beaucoup de monde. Le propre de la prévention c'est de s'adapter à l'inconnu et faire face avec les difficultés. Nous essayons de faire preuve de créative, d'ingénierie, pour pouvoir dépasser cette période. Nos locaux sont très bien situés, juste en face du collège Molière (avenue de Paris), mais ne sont pas opérationnels pour appliquer de la confidentialité lors des entretiens. Ça fait des années que nous cherchons un local plus adapté, au centre du quartier. Le marché est hypertendu par rapport aux grandes surfaces donc on attend.

AZUR FM - Côté bonnes pratiques à relever, quels sont les points positifs de l'APS ? 

Larbi FEKIER (directeur de l'Association de Prévention Spécialisée de Colmar - APS) - La particularité de la Prévention Spécialisée, c'est le ''aller vers'' et ''le faire avec'' ! C'est notre souplesse, le travail de rue. Si le public ne vient pas vers nous, nous allons vers ce public pour essayer de les toucher. Notamment avec les minorités invisibles. Nous établissons le premier contact et le lien de confiance qui puisse par la suite créer des actions. Nous sommes la première approche, pour pouvoir les orienter, notamment avec la Mission Locale, la Manne Emploi et d'autres associations.

AZUR FM - Et chez Manne Emploi, Élise KURY, tout fonctionne comme il faut ou y a t-il des choses qui pourraient être améliorées dans vos actions ?

Elise KURY (conseillère en insertion professionnelle pour Manne Emploi) Nous ne pouvons pas mettre en oeuvre nos actions collectives. Ça limite l'accompagnement mais nous continuons l'accompagnement individuel.

AZUR FM - Les formations sont suffisantes ? Est-ce qu'elles sont assez suffisamment intéressantes pour vos publics, pour qu'ils s'engagent dedans ?

Elise KURY (conseillère en insertion professionnelle pour Manne Emploi) - Nous montons des formations adaptées à nos publics. On se rapproche de organismes de formations et on monte nos programmes avec les organismes de formation pour vraiment que ces actions de formation soit adaptées à nos publics, puisque l'offre de formation actuelle est plutôt des formations qualifiantes et nos publics ne veulent pas forcément se tourner vers de longues formations. Nous proposons des formations professionnalisantes pour faciliter l'insertion de nos publics, pour qu'ils soient plus à l'aise au niveau des missions que nous proposons et qu'elles soient le plus adaptées à leur parcours. La vocation peux venir pour se diriger vers des formations plus qualifiantes mais là ça sera le salarié qui ira vers ce type de formation et ça ne sera pas en interne. L'entreprise d'intérim d'insertion monte des formations qualifiantes parce que le public est plus proche de l'emploi et il peut se diriger vers des formations un peu plus longues qui aboutissent à un diplôme, une qualification ou un titre professionnel.

AZUR FM - Quelle est la force de Manne Emploi ? C'est d'avoir différents dispositifs ? De bien connaître ses publics pour s'adapter à sa demande et son besoin ? D'avoir des formations et des dispositifs qui sont le plus adaptées ?

Elise KURY (conseillère en insertion professionnelle pour Manne Emploi) - Oui ! C'est de proposer, en partenariat avec les partenaires, des actions qui correspondent à nos salariés. À chaque salarié, nous allons proposer un parcours adapté à sa situation pour qu'il puisse se rapprocher le plus du monde du travail ou de la formation. C'est de connaître chaque salarié et de proposer un parcours individuel

AZUR FM - Proposer un parcours individuel, Christel LAFITTE-MAYER pour la Mission Locale, c'est aussi une difficulté que vous avez ? D'avoir des formations qui sont vraiment adéquates pour votre public ?

Christel LAFITTE-MAYER (directrice de la Mission Locale) - Pour le public que nous accompagnons et qui est le moins qualifié. Aujourd'hui il est vrai que l'offre de formations qui nous est proposée par Pôle emploi ou par la région Grand Est est parfois justement trop qualifiée pour nos publics. Il nous manque les premières marches d'accès à la formation, sachant que souvent, la pédagogie dispensée dans les formations ne correspond pas au code des générations Y (regroupent l'ensemble des personnes nées entre le début des années 1980 et la fin des années 1990) et Z (personnes nées entre 1997 et 2010). Ils vont peut-être se lasser très rapidement de la pédagogie utilisée dans certaines formations. Nous avons pu l'an dernier, mettre en œuvre, avec grâce à la région et avec l'organisme de formation JH conseils, une formation qui correspondait totalement aux besoins des jeunes de la Mission Locale. Nous avons rédigé le cahier des charges en commun et ça a fonctionné. Cette formation qui devait démarrer en présentielle en mars 2020, le jour où elle a du démarrer, c'était le premier confinement. On s'est dit ''catastrophe, aucun jeune va aller en formation distanciel''. Au contraire ! JH conseils a su s'adapter immédiatement et tous les jeunes ont suivi la formation de A à Z, en distanciel jusqu'au bout. Ça montre que quand la pédagogie est adaptée et qu'elle correspond à un cahier des charges et aux besoins des jeunes suivis par la Mission Locale ça fonctionne ! La plupart de ces jeunes ont enchaîné vers des formations qualifiantes.

AZUR FM - Il n'y a pas que les formations que vous adaptés aux jeunes générations. C'est votre approche qui est calibrée sur leurs besoins, leurs attentes, les codes des générations X, Y et Z. Vous êtes à leur niveau et vous savez ce qu'ils attendent et inversement

Christel LAFITTE-MAYER (directrice de la Mission Locale) - L'équipe de la Mission Locale de Colmar est stable. Elle a en moyenne plus de 15 ans de Mission Locale à son actif. Tous les ans prend un an de plus mais tous les ans, nous avons toujours des 16-25 ans en face de nous. Si nous ne faisons pas l'effort de nous adapter à ces générations là, ces générations là ne s'adapteront pas à nos vieilles méthodes qui datent de plus de 30 ans. Le premier confinement (mars 2020) nous a boosté dans cette adaptation. Du jour au lendemain, il y a fallu travailler en distanciel, avec les jeunes puisque nous n'avons pas fermé la Mission Locale virtuellement. Nous avons du nous adapter à toute la technologie nécessaire pour pouvoir continuer à accompagner ces jeunes pendant les 3 mois de confinement. Ça a été source de stress, car nous ne savions pas par où commencer. Heureusement notre association régionale des Missions Locales, nous a mis plein d'outils à disposition. Ça nous a facilité la tâche et puis on a aussi appris des jeunes, eux-mêmes, sur ces nouveaux fonctionnements. Par exemple, on ne connaissait pas le logiciel Discord. C'est eux qui nous en ont parlé et qui nous a montré virtuellement comment ça marchait et qui ont créé les groupes. Depuis, nous l'utilisons avec tous les groupes que nous accompagnons, tous les mois, autour de l'orientation professionnelle. La Mission Locale a évolué grâce aux jeunes et à ce qui nous ont enseigné.

AZUR FM - Pour vous projeter, réfléchir et nous proposer une nouvelle action, même le renforcement d'une mesure déjà existante, je vais vous donner à tous une carte blanche. Une hypothétique avance de subvention avec à vous de nous expliquer concrètement ce que vous en feriez. De quoi avez-vous le plus besoin actuellement ? Une carte blanche pour vos structures respectives et donc une action individuelle puis une carte blanche collective pour nous proposer une action collaborative tous les trois. Que feriez-vous de cette carte blanche ? La création d'un fab'lab ? Ou l'embauche de nouvelles personnes ? 

Christel LAFITTE-MAYER (directrice de la Mission Locale) - Un  projet que j'avais en tête depuis mon arrivée à la Mission Locale de Colmar, et qui va se concrétiser sur Colmar grâce au mécénat de la Fondation américaine Arconic, qui nous a permis d'investir dans des équipements pour un Fab Lab (cf laboratoire de fabrication) à Colmar. Il devrait ouvrir avant l'été, mais sur Guebwiller, je suis toujours en recherche de locaux pour développer le même service aux habitants. À Guebwiller, il sera un peu plus vaste puisque ce sera un Fab Lab et un espace public numérique pour pouvoir aider toutes les personnes, quel que soit leur âge. Pas seulement les 16-25 ans suivis par la Mission locale. Cela permettrait de lutter contre la fracture numérique, surtout en ces périodes de distanciel et de télétravail. J'espère trouver pour la fin d'année.

AZUR FM - Pour l'APS, à quoi pourrait servir cette subvention ? Pour un local ?

Larbi FEKIER (directeur de l'Association de Prévention Spécialisée de Colmar - APS) - Cette subvention pourrait servire à deux niveaux. Dans un premier temps, pour avoir un local beaucoup plus grand, plus opérationnel pour nous. Éventuellement avoir un local pour les jeunes, pour les accueillir sur des actions informelles avec différents partenaires qui peuvent être la Mission locale, Manne emploi et également les animateurs et les médiateurs de la ville de Colmar. Nous pourrions nous voir en heures décalées, peut-être entre 18 et 22h. C'est une demande réelle des jeunes mais actuellement nous sommes entrain de réfléchir sur cette problématique, vu que la COVID est arrivée par là, tout a été déplacés. Ce serait un endroit sympa où on pourrait rencontrer des personnes qui ne viennent pas naturellement, avec lesquelles on pourrait créér des projets, prendre la mesure et le pouls de leurs demandes. Là nous pourrions coconstruire des choses ensemble.

AZUR FM - A la Manne Emploi, la question du local reste toujours la même. Vous aussi vous aimeriez bien une nouvelle localisation. Vous avez déjà plusieurs sites mais ils sont tous un peu éclatés sur Colmar. C'est problématique au niveau logistique.

Elise KURY (conseillère en insertion professionnelle pour Manne Emploi) - L'idéal ce serait un local commun à toutes nos structures pour développer la cohésion entre nos équipes et développer un plateau technique pour tout ce qui est nettoyage. Pouvoir regrouper tout notre matériel, nos véhicules de service.

AZUR FM - Du coup, tout le monde voudrait un local. Si c'était une action collective, est-ce qu'un grand local pour plusieurs structures, c'est quelque chose qui est envisageable ?

Larbi FEKIER (directeur de l'Association de Prévention Spécialisée de Colmar - APS) - Le fait d'être au même endroit, y a beaucoup d'avantages. À l'APS, 30 % de notre public est concerné par la demande d'emploi, de stages. La fragilité de notre public est la intemporalité. Si nous n'arrivons pas à les recevoir dans un instant proche, on risque de les perdre. Le fait d'avoir un maximum de partenaires au même endroit, ça facilite les interactions et ça peut créer une synergie entre nous, même si nous travaillons bien ensemble. Le fait d'être sous le même toit, ça développe encore plus des interactions, ce qui facilite notre travail en commun pour monter en puissance.

Elise KURY (conseillère en insertion professionnelle pour Manne Emploi) - Créer une dynamique entre les différentes structures, où des besoins communs pour mieux émerger que si chacun travaillait de son côté

Christel LAFITTE-MAYER (directrice de la Mission Locale) - Moi ce serait la même dynamique que les tiers-lieux. C'est l'endroit où l'on peut se rencontrer, rencontrer nos publics, faire émerger des nouveaux projets. La dynamique tiers-lieux, dans une maison unique ou dans une structuration type ''cité des métiers''. C'est un avantage pour les demandeurs d'emploi que nous sommes amenés à côtoyer tous les jours mais aussi pour développer des projets en commun. Par rapport à des projets communs, je trouve que le réseau des partenaires sur Colmar, est dynamique et c'est facile de monter des projets en commun. J'ai travaillé 20 ans à Mulhouse et c'était pas aussi facile ou aussi rapide qu'à Colmar. Je tiens à saluer ça, parce qu'avec les partenaires tels que l'APS, la Manne, la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ), l'AFPA, nous sommes en synergie. Si nous étions tous dans un espace commun, ça serait puissance 10.

AZUR FM - Pour le moment, vous avez des publics commun et vous travaillez déjà ensemble sur certaines actions. Ces publics là on justement besoin de rencontrer du monde, d'avoir ce lien social est un avantage pour eux, de se voir dans différentes structures. C'est le besoin d'être présent a-t-elle moment. Si la personne vient ouvrir la porte mais qu'il n'y a personne pour telle association, on la perd totalement. Ce projet permettrait d'avoir un centre d'accueil.

Larbi FEKIER (directeur de l'Association de Prévention Spécialisée de Colmar - APS) - Le facteur temps est notre ennemi premier ! Par exemple, un jeune qui viendrait nous voir, qui est un peu désoeuvré, qui ne sait pas trop ce qu'il veut. Nous travaillerons dans un premier temps le lien de confiance. Nous allons défricher sa demande, l'orienter vers la Mission Locale qui est plus spécialisée par rapport à outil de recherche d'emploi de formation. Il pourrait même basculer vers à La Manne Emploi. Ce triptyque peut fonctionner très bien. Chacun avec ses outils, son corps de métiers, orienterait vers qui de droit et là on gagnerait en puissance. On prendrait la personne sur un instant T car des personnes qui n'ont pas besoin de nous, qui sont assez autonome, c'est pas notre profil de corps de métier. C'est là que l'ont voit une forme de déshérence et d'inadaptation sociale par rapport à notre public. Le fait de travailler sur l'instant présent, car si on donnait des rendez-vous ça marche moyennement parce que le matin c'est un peu compliqué et leur facteur temps n'est pas le nôtre. C'est à nous de nous adapter dans une forme d'inclusion pour ''aller vers'' et les accompagner et vers ça. Si nous avions un endroit spécifique, nous gagnerons énormément de temps et on développerait une souplesse.

Table ronde réalisée avec le soutien du Ministère chargé de la Ville, de la préfecture du Haut-Rhin, de la ville de Colmar et la Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations du Haut-Rhin. Rendez-vous la semaine prochaine, dimanche matin à 8h pour notre prochaine table ronde sur la thématique du dévéloppement durable.

© Crédit photo : AZUR FM

Coordonnées des associations

Manne emploi - 23a Rue du Galtz - 68000 COLMAR - 03 89 24 96 84 - manne-emploi.fr/

Mission locale - 4-6 rue de la 5ème Division Blindée - 68000 COLMAR - 03 89 21 72 20 - missionlocalecolmar.com/

Association de Prévention Spécialisée - 29, avenue de Paris - 68270 WITTENHEIM - 03 89 80 78 91